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HOMÉLIE DOMINICALE – DIMANCHE 5 AVRIL 2020

Dimanche 5  Avril 2020

Dimanche des Rameaux et de la Passion

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Homélie du père Charles André Sohier, prêtre ermite.

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« Ce récit de la passion selon saint Mathieu est plus qu’un simple reportage. Il manifeste que Jésus, à travers sa passion et sa mort, accomplit les Écritures… Loin d’être le jouet des événements, Jésus les domine. Il choisit en pleine connaissance de cause et en toute liberté le chemin de Dieu. Il refuse de s’opposer à la violence par la violence… il refuse de recourir à une intervention miraculeuse, il endure la trahison de Judas, le reniement de Pierre, l’injustice des fausses accusations, les humiliations, la flagellation, la crucifixion…

(…)

Ce Jésus, mort et ressuscité, il nous a ouvert un chemin. Nombreux sont ceux et celles qui le suivent car c’est un chemin de Vie. La branche de buis qu’on porte aujourd’hui, prenons  le temps de réfléchir sur ce qui est le cœur de notre foi. Ce rameau n’est pas un porte bonheur pour arrêter la foudre. Si nous fixons un rameau vert sur le crucifix, c’est pour nous rappeler que le bois de la croix a refleuri. Plus que jamais, osons le croire en ces temps difficiles où nous passons. Jésus est avec nous, au-milieu de nous.

La croix n’est plus un signe de mort. Elle est devenue l’arbre de la Vie.

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HOMÉLIE DOMINICALE

Dimanche 15 mars 2015

3ème Dimanche de Carême

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Homélie du père Charles-André Sohier, prêtre ermite

« Midi sur la plaine et sur le blé. Jésus est fatigué par cette route de grand soleil. Il s’est assis au bord d’un puits, celui-là même que fréquentaient jadis Jacob et ses troupeaux. Que de caravanes, de lassitudes et soifs ont abouti là ! Mais aussi que de rencontres, d’alliances et de rendez-vous amoureux se sont tissés auprès de ces eaux vives !

Elle, elle vient avec sa cruche. Elle porte toute la fatigue de sa vie, une soif d’amour jamais étanchée. ../…

C’est une femme seule, une Samaritaine, et qui n’est pas en règle avec le mariage : trois raisons largement suffisantes, pour un bon juif, d’éviter tout contact !

Mais Jésus ignore ces risques de contamination : « Donne-moi à boire ». …/…

Jésus est aussi l’Époux divin qui vient pleinement assouvir notre faim d’être aimé et d’aimer en retour. Demandons à la Samaritaine d’intercéder pour nous. Qu’elle nous obtienne la grâce de cesser de mourir de soif à côté de la source d’eau vive ! Qu’elle nous conduise à Celui qui vient faire jaillir l’eau de la vie éternelle et nous apprendre l’adoration du Père en esprit et en vérité.

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HOMÉLIE DOMINICALE

 Dimanche des Rameaux et de la Passion de Jésus Christ

14 avril 2019

Chers visiteurs, en ce dimanche des Rameaux et de la Passion de Jésus Christ, nous reproduisons ci dessous l’homélie du père Charles André Sohier, prêtre ermite, qui commente pour nous le destin de Jésus: De la gloire, à l’abandon, puis à la trahison et à la mort.

Texte collecté pour vous sur http://www.kerit.be

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L’entrée de Jésus à Jérusalem.

Jésus arrive à Jérusalem. Il choisit de s’asseoir sur un petit âne. Les gens qui sont autour de lui décident de lui faire une fête simple et spontanée. Ils étendent leurs manteaux sur le chemin où Jésus va passer et l’acclament : « Béni soit celui qui vient, le Roi, au nom du Seigneur.Paix dans le ciel et gloire au plus haut des cieux ! ». Comment Jésus a-t-il vécu ça ? Il s’est laissé aimer par les gens, chacun à leur manière, chacun avec sa cordialité. Aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui expriment leur affection pour Jésus. Il y a des enfants qui honorent Jésus en récitant leur prière tous les soirs avec leur maman. Il y a des jeunes qui parlent avec enthousiasme de leur amour de Jésus. Il y a des bénévoles qui travaillent fort pour financer ou entretenir une église dans lequel on peut honorer Jésus. Il y a beaucoup de monde impliqués en liturgie, qui travaillent à faire des belles célébrations. Il y a des gens comme tout le monde ici qui viennent à l’église pour honorer Jésus. Qu’est-ce qu’il y a de commun entre toutes ces personnes ? Ce sont tous des gens qui aiment Jésus, chacun à sa manière. Et qu’est-ce que Jésus fait pendant ce temps-là ? Il se réjouit, il se laisse toucher.

Au cénacle.

Changement d’atmosphère. Jésus va rencontrer non pas des gens bienveillants, mais des gens qui ont peur et d’autres même qui lui veulent du mal. Au cœur de la dernière cène, il tend une perche au traître, à Judas. Il prévient et console d’avance Simon Pierre. Il s’agace des apôtres qui s’entêtent à ne pas vouloir comprendre le drame qui commence.

Au jardin des oliviers.

Jésus est conscient de ce qui se passe. Il ne se prive pas de reprocher aux apôtres de dormir quand il leur demande de veiller. Il laisse Judas le trahir par un baiser. Il parle aux soldats pour leur demander si c’est normal de se faire traiter comme un bandit. Il guérit le serviteur du grand prêtre blessé à l’oreille. Que vit-il dans son cœur pendant ce temps-là ? Il a peur, il est angoissé et il est triste à en mourir. Il ne trouve personne qui le comprenne.

Si ici il y a des gens qui sont en dépression, des gens qui sont anxieux, angoissés ou des gens qui se débattent avec un fort souci au cœur. S’il y en a, il y a au moins une chose dont je suis sûr : Jésus vous ressemble. Jésus est avec vous.

La passion.

On raconte sur Jésus des histoires fausses pour détruire sa réputation. Pierre prend peur et renie son maître. Et saint Luc nous montre Jésus en train de le regarder. Oh le regard de Jésus qui transperce le cœur par sa compassion! Oh les larmes de Pierre, cadeau de la miséricorde sans limite du Bien-Aimé!

Ensuite, on lui crache dessus, on lui donne des coups, on l’enchaîne, on se moque de lui, on le crucifie et après l’avoir crucifié, on continue de l’insulter. Qu’est-ce que fait Jésus pendant tout ce temps-là ? Il garde le silence, un silence impressionnant.

La mort.

Sur le chemin du supplice, il est aidé par Simon de Cyrène. Jésus ouvrira la bouche pour la première fois après plusieurs heures de silence. C’est pour compatir à la souffrance qui s’annonce pour les filles de Jérusalem. Vous pouvez chercher dans tous les quatre évangiles, vous ne trouverez aucune femme qui ait fait du tort à Jésus. Même l’épouse de Pilate, nous rapporte saint Matthieu, est intervenue pour le défendre !

La deuxième fois où il parle, Jésus intercède : « Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font. » Ensuite il promet au bon larron : « aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis. » Viennent enfin ses dernières paroles, qui sont en fait un cri dune voix forte : « Père, entre tes mains je remets mon esprit » Et après il expire.

Au moment de la mort de Jésus, il y avait un centurion qui était juste en face de lui et qui l’a regardé mourir. Tout de suite après avoir vu ça, il a dit : « Celui-ci était réellement un homme juste. »

Alors, si vous le voulez, on pourrait faire comme le centurion. Et avec respect et délicatesse, comme ses amis et les femmes qui le suivaient depuis la Galilée, on pourrait juste regarder Jésus sur la croix et dire : « Oui, Jésus, Tu es un juste, Tu es le Fils de Dieu . Je veux rester près de toi ».



HOMÉLIE DOMINICALE

Homélie du Père , prêtre ermite Charles André Sohier

« Dans le récit que nous venons d’entendre, Jésus combat une croyance qui a la vie dure : les catastrophes seraient une punition divine. N’est-ce pas encore la réaction spontanée de beaucoup quand leur arrive un ennui : « qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu? » Il est faux et même blasphématoire de penser que les cataclysmes qui peuvent se produire soient des punitions divines. Si vous tombez sur certaines révélations privées présentant les cataclysmes naturels comme des punitions divines, tournez tranquillement la page et haussez les épaules. Il ne faut jamais lier péché et malheur. Cela n’a rien à voir.

Dans l’Évangile, Jésus commente aujourd’hui deux faits divers atroces : l’assassinat d’un groupe de gens pendant qu’ils offraient un sacrifice et la mort d’un autre groupe dans l’effondrement d’une tour. « Pensez-vous qu’ils étaient plus pécheurs que les autres », sous entendu « pour mériter une telle punition » ? Et la réponse est claire. « Et bien, non. » Mais le plus souvent, face à la souffrance, ce qui vient plutôt à l’esprit c’est la négation de Dieu : puisque le mal existe, Dieu n’existe pas. Que dire à ceux qui sont ainsi blessés ou révoltés ? Leur proposer d’accueillir la Parole de la liturgie d’aujourd’hui.

…./…

Lire la suite de l’homélie sur: http://www.kerit.be/homelie.php



HOMÉLIE DOMINICALE

Chers visiteurs, nous vous proposons ci-dessous, l’homélie du père Charles André Sohier, prêtre ermite. Homélie puisée pour vous sur http://www.kerit.be

                     Source https://www.jeunes-cathos.fr

« Ne laissez pas passer votre chance ! Chaque jour nous apporte son lot de sollicitations publicitaires, d’offres alléchantes, de produits démarqués et d’occasions uniques. Leur but est de nous convaincre que nous avons des besoins que nous étions les seuls à ignorer et qu’ils se proposent à satisfaire, contre monnaie sonnante ou électronique. Par contre, à propos du carême, c’est le silence radio. La sainte quarantaine traîne avec elle une réputation faite de cendres, de restrictions de sacrifices et de triste tête d’épouvantail. C’est bien mal connaître ce chemin libérateur qui serpente à travers le désert pour déboucher sur Pâques…/…

…/…Ce carême sera un chemin de joie si nous y rencontrons le Seigneur pour que sa Parole de vie s’enracine dans nos vies. Il se fera sentier de paix si nous y renonçons aux abondances qui nous enlisent et nous ankylosent le cœur. Il deviendra épanouissement du meilleur de nous-mêmes si nous rejoignons, dans la solidarité concrète avec les pauvres d’argent ou d’amour, le Ressuscité toujours vivant.

Pour lire l’intégralité du texte, cliquer sur

http://www.kerit.be/homelie.php



HOMÉLIE DOMINICALE

Homélie du père Charles André Sohier, prêtre ermite.

L’image de la paille et la poutre dans l’œil est surprenante, Cela a fait dire à certains biblistes que le mot grec des évangiles (ophtalmos) a peut-être été une erreur de traduction de l’araméen, la langue parlée par Jésus. En araméen ( en hébreu aussi) le mot ayin signifie œil en sens premier, mais aussi source ou puits en sens second. Une paille (et surtout une poutre) obstrue plus aisément un puits… qu’un œil.

Mais peu importe, le sens profond de cette métaphore est le même dans les deux cas. Quelles sont cette paille, cette poutre qui brouillent notre œil ou notre puits ? C’est ce qui nous empêche de nous voir nous-mêmes, de discerner Dieu ou de regarder nos frères et sœurs, en vérité.

Si une poutre intérieure nous cache la source profonde du Christ agissant au fond de notre cœur, nous pouvons trop vite mal nous regarder : soit en nous enorgueillissant, soit – plus souvent – en nous méprisant. A la fin de son « Journal d’un curé de campagne », Georges Bernanos fait dire à son jeune prêtre :  «« Il est plus facile que l’on croit de se haïr. La grâce est de s’oublier. Mais si tout orgueil était mort en nous, la grâce des grâces serait de s’aimer humblement soi-même, comme n’importe lequel des membres de Jésus -Christ. »

Mais pour nous voir nous-mêmes dans l’humilité, c’est-à-dire dans la vérité vraie, il faut regarder ou plutôt nous laisser regarder par le Christ. Il m’aime infiniment, fidèlement, comme je suis. Il t’aime , toi, ma sœur, mon frère, de manière unique, comme tu es. « L’amour seul est digne de foi » selon le beau titre d’un livre du théologien suisse Hans-Urs von Balthasar. Seul l’Amour qu’est Dieu nous guérit du mal de ne pas aimer et de ne pas être aimé. Au plus profond de notre être, par la prière, nous pouvons rejoindre la présence de la Trinité qui qui nous habite de sa présence. Créés à l’image du Fils, nous sommes transformés par cette bonté et cette miséricorde qui nous configure au Christ. Sachons lui rendre grâce avec le psaume de ce dimanche : « qu’il est bon… d’annoncer dès le matin ton amour ! »

Réconciliés avec nous-mêmes, purifiés par l’Esprit-Saint, nous porterons du fruit (1ère lecture), nous participerons activement au travail de résurrection du Christ (2e lecture). Sans stigmatiser les poutres de nos frères ou sœurs, laissons la bienveillance et le débordement du Christ passer à travers nous. Passons plus de temps à nous étonner devant les merveilles que Dieu fait dans le monde, chez les autres et en nous avant de déplorer le mal ou la médiocrité.

Ne nous laissons pas non plus nos pailles et nos poutres nous accabler ni les fossés où nous chutons par moment. Devenons découvreurs de source, guetteurs de l’aube qui lève, en nous laissant guider par l’Esprit-Saint et la parole des Écritures.



HOMÉLIE DOMINICALE

Septième dimanche du Temps Ordinaire

24 février 2019

(Homélie du père Charles André Sohier, prêtre ermite)

Rappelez-vous que l’évangile nous avait réservé les surprenantes béatitudes de Jésus la semaine dernière. Aujourd’hui, le commentaire qu’il en fait semble dépasser les bornes et le bon sens :  « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous haïssent… » Sortirons-nous de l’église, parce que « c’est vraiment trop fort » ? Cela vaudrait mieux que de rester indifférents, assis et impassibles, comme si ce commandement nouveau n’était qu’une information, sans lien avec la célébration de l’eucharistie. Allons-nous, au contraire, dire « oui », sans « mais » et sans « si » ? Car il ne s’agit pas de vouloir édulcorer cet enseignement de Jésus. Il est là et bien là. Sa signification est sans ambiguïté.

L’épisode de la vie de David vient d’ailleurs l’illustrer. En épargnant son ennemi, il devient le modèle de l’Israélite fidèle. La loi ancienne disait déjà : « Aime ton prochain comme toi-même » (Lévitique 19, 18). Le vieux Tobie conseille à son fils: « Ce que tu n’aimes pas toi-même, ne le fais à personne d’autre » (Tobie 4, 15). Mais Jésus va plus loin encore que ces recommandations. Aimer, ce n’est pas seulement s’abstenir de faire du tort à son adversaire, comme David nous en donne l’exemple, c’est répondre au mal par le bien, même s’il n’y a pas de réciprocité. Tout est gratuit, sans espoir de compensation, de récompense ou de gratitude. C’est énorme, nous le sentons bien. Cela dépasse nos forces humaines. Il est déjà bien difficile d’aimer vraiment ceux qui nous aiment, alors étendre cet amour à l’extrême, jusqu’à l’ennemi, voilà qui est à l’opposé de nos réactions spontanées.

Ces hommes qui osent laisser la vie sauve à l’ennemi, qui osent présenter l’autre joue, il y en a. Mais la plupart du temps, nous savons comment ils finissent. Du Mahâtma Gandhi à Martin Luther King, elle est longue la liste de ces gêneurs qu’on assassine, comme Jésus. Et pourtant, d’autres hommes prennent la relève. Pour briser le cercle infernal de la violence, des représailles et des contre-représailles, de la vengeance et du bouc émissaire. « A votre capacité d’infliger la souffrance, nous opposerons notre capacité d’endurer la souffrance », disait Martin Luther King. C’est Dieu qui inspire de telles attitudes, qu’on le prie en hindi ou en anglais, en latin ou en grec, en arabe ou en hébreu, en lingala ou en swahili, en français ou en flamand, en serbe ou en croate, en chinois ou en nippon.. « Faites-nous tout ce que vous voulez, nous continuerons à vous aimer », ajoutait le pasteur baptiste américain.

Eh bien, commençons dès maintenant, avec l’aide de Dieu. Nous avons tous des motifs de guerre froide. Nous sommes tous sujets de critiques, de malveillances et de calomnies. Jetons un regard courageux sur nos relatons de voisinage et de travail, sur les conflits d’héritage et d’alliance au sein même de nos familles. La solution évangélique est nette. Il faut répondre par le bien (ce qui ne veut pas dire par de l’affectif ou de l’émotionnel). Il ne suffit pas de détruire les germes de rancune ni d’effacer tout esprit de vengeance. Ce que Dieu attend de nous, c’est la prière sereine, le décision du premier pas quand l’autre est figé dans son immobilité. Ce qu’il attend de nous, c’est que Le laissions aimer à travers nous comme Lui même nous aime sans cesse à l’infini. « Soyez parfaits comme votre Père est parfait » (Matthieu 5, 48).



HOMÉLIE DOMINICALE

Sixième dimanche dans l’année C

  Dimanche 17 février 2019

(Homélie du père Charles André Sohier, prêtre ermite)

Les évangiles nous ont gardé deux versions des béatitudes : celle de Matthieu, que la liturgie propose à chaque fête de Toussaint, et celle de Luc qui revient lors de l’année liturgique qui lui est consacrée. Les huit béatitudes de Matthieu semblent plus acceptables que les quatre de Luc. Matthieu, atténuant sans doute la rudesse des propos de Jésus fait prendre plus facilement à sa version un « sens spirituel ». Luc est plus âpre. « Heureux, vous, les pauvres, maintenant. »

C’est difficile à entendre. En effet, Jésus semble nous dire : « heureux les malheureux ». Et pourquoi? Parce que vous serez heureux plus tard (noter tous les verbes au futur). En fin de compte, l’enseignement de Jésus ne serait-il rien d’autre que ce fameux « opium du peuple » que dénonçait Marx dans la religion ?

Peut-être faudrait-il lire ces Béatitudes sous l’éclairage de la première lecture pour en comprendre le vrai sens. Jérémie nous dit en effet que s’appuyer sur du mortel et du passager revient à construire sur le sable. Jésus dès lors nous propose le bonheur, dès maintenant, mais par d’autres moyens que ceux que nous employons habituellement. Pour cela, il faut partir d’une constatation : nous sommes tous des pauvres, quelle que soit notre fortune. Ma pauvreté essentielle – existentielle – c’est que je vais mourir. Je suis un être limité. Un jour – demain – je disparaîtrai de cette terre qui m’a vu naître. Et tout ce que je fais, tout ce que j’entreprends, tout ce que je vis durant la durée limitée de mon existence sera très vite oublié.

Divertissements, honneurs, situation, richesse sont tous des moyens utilisés pour se donner l’illusion du bonheur, pour se faire croire à soi-même qu’on est comblés ! En quelques mots, Jésus nous met en face de nos mirages : « Malheureux, vous les riches : vous avez votre consolation. Malheureux, vous qui êtes repus maintenant : vous aurez faim. Malheureux vous qui riez maintenant : vous pleurerez… » Pourquoi ? Parce que nous avons fait fausse route dans la recherche du bonheur. Nous nous sommes fermés les yeux et nous n’avons pas voulu voir notre pauvreté originelle : tout ce que nous avons fait pour aller au-delà de nos limites n’était que fuite illusoire. Il y a en nous un besoin d’absolu, d’infini qui ne peut se satisfaire du leurre de la richesse ni du bonheur d’un moment.

Si nous voulons être heureux, il nous faut désirer être plus. Notre désir profond peut toujours se tromper d’objet et s’investir dans les choses que l’on peut posséder. Voilà le leurre. Jésus me dit aujourd’hui : « Heureux les insatisfaits ! » Ceux qui pleurent, les pauvres sont devant nous l’image de notre pauvreté fondamentale. Si nous reconnaissons notre pauvreté, nous serons en mesure d’accueillir la richesse. Voilà le paradoxe. Quelle richesse ? L’héritage divin, la déification, notre participation à la nature divine.

Jésus annonce un bonheur au futur : « Vous serez rassasiés, vous rirez. » En contraste avec les « maintenant » de la faim, des larmes, de la persécution, il parle des promesses pour demain. On en revient à l’opium du peuple ! Si on veut. Si je pense comme Marx, le matérialiste athée, que ma vie est limitée aux quelques dizaines d’années sur terre, effectivement, je ne vois pas pourquoi je ne chercherais pas à tout prix à prendre le plus de bon temps possible. Mais je resterai un condamné à mort. « Si c’est pour cette vie seulement que nous avons mis notre espérance, écrit saint Paul, nous sommes les plus malheureux des hommes. »

Mais dans la perspective de la vie ressuscitée dans une « nouvelle création », toute ma vie terrestre prend un autre sens, une autre valeur. La résurrection du Christ, ma propre résurrection, Paul en fait la pierre de touche de la foi chrétienne. Sans elle, la foi se réduirait à une morale, alors qu’elle porte avant tout sur une promesse. Il s’agit de savoir si, pour nous, Dieu est le Dieu des vivants, le Dieu de la vie. Certes, nous ne savons pas ce que c’est que ce monde de la résurrection. Notre foi est une confiance : « Béni soit l’homme qui met sa confiance dans le Seigneur : il sera comme un arbre planté au bord de l’eau . »



HOMÉLIE DOMINICALE

Dimanche 10 février 2019

5ème Dimanche du Temps Ordinaire

(Homélie du père Charles André Sohier,  prêtre ermite)

Un des mots importants de l’évangile de Luc, – il revient douze fois – , c’est « aujourd’hui ». En 2019 comme au premier siècle, Jésus arpente toujours nos rivages et nos chemins, entre dans les maisons, passe dans les lieux de travail ou de loisirs. Comme au temps d’Isaïe, il assainit les lèvres impures et accepte que des pécheurs pardonnés s’offrent comme volontaires à son service.

Paul, – il se qualifie d’« avorton », lui qui a « persécuté l’Église » – , rend témoignage à la grâce de Dieu qui a fait de lui un témoin du Ressuscité. De même, la pêche miraculeuse n’est pas un miracle éblouissant et exceptionnel à garder dans les tiroirs d’un lointain passé. Bien plus qu’un prodige elle est un récit où chaque détail renvoie à une expérience spirituelle, où chaque trait nous invite à descendre plus profondément dans notre cœur. Voyons plutôt.

Aujourd’hui le Seigneur rencontre des hommes et des femmes qu’il appelle à le suivre. Et d’abord par une expérience qui déchire la trame monotone des jours ordinaires. Pour un instant, l’homme fait l’expérience de la Présence divine. La perception fulgurante du Dieu trois fois saint qui fait prendre conscience à Isaïe sa condition de pécheur, nous pouvons la vivre ou nous la vivons par instant, à notre manière. Le Seigneur peut nous rejoindre jusque dans notre métier comme Simon-Pierre, jusque dans nos endurcissements comme Paul en route vers Damas.

Aujourd’hui encore, le Maître rencontre des « pêcheurs » compétents, bien formés et entreprenants. Ils sont suivi tous les cours de recyclage et sont convaincus de l’excellence de leurs options apostoliques. Ils ont élaborés projets et plans intelligents. Et les voici, rentrant bredouilles et découragés, les filets désespérément vides, humiliés et dépités. C’est qu’à vrai dire, ils n’avaient compté que sur leurs propres forces et sur leurs certitudes humaines. Ils rêvaient de succès et n’ont ramené, au bout de longues attentes et d’efforts persévérants, que les nasses de la déconvenue.

C’est l’heure alors d’écouter la Parole du Seigneur : « Avance en eau profonde ». Il nous faut aller au large, au risque des eaux profondes qui évoquent les monstres marins et gouffres abyssaux, royaume des esprits mauvais, de Satan et de la mort. « Avance en eau profonde et capture vivants les hommes » que tu sauveras du mal et de la mort.

C’est l’heure où nous laisserons Dieu prendre l’initiative dans nos vies et accorder à nos actions une fécondité inespérée. Il nous donnera la force de prendre le risque de la confiance, d’affronter le monde et ses dangers d’incompréhension, de malveillances, d’échec et de martyre. Car l’important n’est pas de réussir. Ce qui compte c’est de faire confiance, d’ajuster nos vies à ce que nous percevons de l’appel de Dieu. Sur les lieux mêmes de nos échecs, voici que le Seigneur nous invite à repartir pour tendre nos filets en nous confiant à lui. Et se confier à lui, c’est d’abord prendre le temps de la prière silencieuse,,, se laisser aimer et et aimer.

Les hommes auront leurs caprices et leurs refus. Le lac aura ses bourrasques et ses fureurs. Nos efforts paraîtront souvent vains. Mais nous resterons dans la paix des profondeurs. Mais nous recevrons la joie de Jésus. Dans l’abîme intérieur où nous nous rendons, Il est là, qui déploie sa présence aimante et silencieuse. Nous n’avons plus à nous inquiéter des nuits sans prise. Nous savons qu’au matin Dieu saura les remplir comme jamais.

Oui, laissons-nous convoquer autour du Seigneur – Parole et Pain – qui vient ouvrir nos existences étroites à l’irruption du seul bonheur durable.



HOMÉLIE DOMINICALE

Deuxième dimanche du Temps ordinaire

 20 janvier 2019

(Homélie du père Charles André Sohier, prêtre ermite)

Le temps de l’épiphanie de Noël ne se termine vraiment qu’aujourd’hui où nous célébrons les noces de Cana. Et ce n’est pas l’effet du hasard si la première manifestation publique du Verbe de vie dans notre humanité se déroule dans le cadre si humain et chaleureux de noces villageoises. La joie de vivre ne demande qu’à y éclater. Et le signe que Jésus accomplit va dans ce sens. C’est un signe de vie qui s’adresse à des vivants. Grâce à cette eau changée en vin, un simple repas de mariage prend une dimension d’éternité.

Curieusement la première chose que Jean relève, c’est la présence de la mère de Jésus à cette noce de Cana. Il nous parle d’elle, mais sans nous dire son nom. Dans tout son évangile, on ne trouve nulle part le nom de Marie. Il est toujours question de la « mère de Jésus ». Et quand Jésus s’adresse à elle, il l’appelle « femme », ici à Cana, comme avant de mourir sur la croix. On peut s’en étonner. Si nous n’avions que l’évangile de Jean, nous ne connaîtrions pas le nom de la mère de Jésus. Ce qui intéresse l’évangéliste, ce n’est pas Marie de Nazareth comme telle, mais c’est bien « la mère de Jésus », la femme en qui la Parole éternelle du Père a prix chair de notre humanité, celle en qui le Fils de Dieu a commencé son existence humaine.

Et voici, qu’à l’aube de la manifestation de ce mystère au monde, cette femme s’y trouve étroitement associée. Tout se passe comme si Marie n’avait mis pleinement son fils au monde que ce jour-là. C’est sur son initiative, que Jésus anticipe « son heure », « l’heure » de sa manifestation. Au commencement de toute vie humaine, il y a la femme. Et la voici présente aussi au commencement du don que Dieu veut nous faire de sa propre vie en son Fils Jésus, venu en notre chair.

« Ils n’ont plus de vin », appelle discrètement Marie. Elle ne voudrait pas que la joie de la noce tourne à la confusion. Peut-on laisser la joie s’en aller, en ce jour de fête ? L’expression « qu’y a-t-il entre toi et moi, femme ? » pourrait être une tournure sémitique qui, dans ce contexte ci, signifierait : « mon souci est-il le tien ? » Et il ajoute : « Mon heure n’est pas encore venue. »

Même au cœur la fête, il ne perd pas de vue un seul instant ce pour quoi il a été envoyé par le Père. Son souci, à lui, est là. L’heure dont il parle est celle de sa passion et de sa résurrection. Et s’il intervient, c’est pour remplir son geste de changer l’eau en vin de toute la force de vie qui se donnera dans le sang versé, dans sa vie donnée. Par son excès même, – 600 litres de vin capiteux -, il célèbre à l’avance la générosité sans mesure d’une vie divine qui ne demande qu’à se répandre avec surabondance. L’aspiration au bonheur et à la joie de vivre est reprise par un souffle nouveau qui l’emporte vers un avenir inespéré.

La joie humaine de la noce éclate en une joie infiniment plus haute : la joie d’une vie divine qui se donne sans compter. Le signe de l’eau changée en vin nous fait passer d’une modeste noce de village à la grande transformation de l’univers, que Dieu veut accomplir en Jésus.

Ce qui s’annonce ici, c’est bien la naissance de l’homme à la vie divine. L’homme qui, en Jésus, est divinisé. Tout se retrouve dans ce signe. Les eaux primitives de la création, les cuves des ablutions rituelles du Judaïsme sont reprises, transfigurées dans le vin nouveau de la pleine communion de vie des hommes en Dieu. Le désir de bonheur et de vie, qui est au cœur de l’homme depuis toujours, est comblé. Il est étiré jusqu’au cœur de Dieu. Car seul Dieu peut donner ce qui est au-delà de nos forces : Sa Vie et Son Bonheur.