Dimanche 4 juin 2017
Solennité de Pentecôte
(Homélie du père Charles-André Sohier, prêtre ermite)
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Aujourd’hui, nous recevons deux récits pour nous introduire à l’effusion de l’Esprit dans notre monde. Le récit des Actes des Apôtres est tout en couleurs de feu, de tempête, d’enthousiasme communicatif. Celui de saint Jean, lui, est tout en discrétions, portes closes, murmure d’un souffle léger et paix. A l’évidence, ce qui compte, ce ne sont pas les signes extérieurs, c’est la « Pentecôte intérieure », la douce effusion de l’Esprit qui refait l’unité dans la diversité, qui suscite la communion dans la divergence.
Dans saint Jean, c’est le soir même de Pâques qu’a lieu le premier don de l’Esprit. Jésus, discrètement, « répand son souffle » sur ses amis et leur dit : « Recevez l’Esprit Saint. » Décidément, la publicité tapageuse n’est pas son genre. Il semble ignorer les ficelles du comédien sur l’estrade ou de l’homme politique sur le petit écran. Dieu est discret. Il n’aime pas le spectacle. Il ne descend pas de sa croix pour confondre ses adversaires.
Saint Jean nous montre Jésus ressuscité, présent alors que les portes sont closes et répandant sur ses disciples le souffle léger de son Esprit Cela renvoie à deux textes majeurs du Premier Testament :
- La première création : « Dieu souffla dans ses narines un souffle de vie » (Genèse 2/7). Il y avait eu la première création du passé, la première naissance de la vie au début des temps.
- La dernière création : « Souffle sur ces ossements desséchés, et ils revivront » (Ezéchiel 27/9). Il y aura la création de l’avenir, la résurrection finale, au dernier jour.
- Mais il y a la création toujours actuelle, celle qui est en train de se faire : le « Souffle » de Dieu est aujourd’hui à l’œuvre. Saint Jean décrit la présence de Dieu et son action dans le monde par ce qui est le plus commun et le plus fondamental : respirer !
Tous les vivants, du microbe aux grands fauves, de l’amibe à l’homme, tous respirent le même oxygène, offert à tous autour de notre planète…N’est-ce pas une image saisissante du Dieu unique qui nous fait tous vivre ? Le « vent » qui « souffle où il veut », et qui fait vivre, est déjà la comparaison qu’utilisait Jésus pour parler de l’Esprit à Nicodème (Jean 3/6.8).
« Recevez l’Esprit Saint »… L’humanité doit accueillir la communauté d’Esprit qui existe entre le Père et le Fils. A plusieurs ne faire qu’un. « Tous les membres, malgré leur nombre, ne forment qu’un seul corps », dit saint Paul (deuxième lecture). En brûlant au feu de l’Esprit nos préjugés, nos peurs, nos certitudes trop facilement établies, nous laissons la communauté d’amour qui unit les personnes divines s’étendre aux personnes humaines. Oh oui, que vienne ce souffle nouveau sur notre monde déchiré !