Dimanche 28 mai 2017
Septième dimanche de Pâques
(Homélie du père Charles-André Sohier, prêtre ermite)
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Dans l’espace ouvert par le départ de Jésus lors de l’Ascension, s’ouvre le temps d’une attente priante. La mère du Seigneur était là, au milieu des onze et quelques femmes. C’était elle qui veillait par sa présence au berceau de l’Eglise comme elle le fut sur celui de Jésus son Fils. Avec elle, la continuité entre le temps de Jésus et le temps de l’Esprit est fidèlement assurée, comme cela a été en elle depuis toujours: » Elle gardait tous ces événements dans son cœur. « Tous, unanimes, assidus à la prière… » c’est la réalisation du vœu que le Seigneur a formulé dans sa dernière et longue prière avant la Pâques. « Qu’ils soient un, Père, comme Toi en moi et moi en Toi. »
Il est bon, le rappel de ces longues heures de prières et de contemplation que revient et revit dans leur cœur et leur esprit, la mémoire de la vie du Seigneur, de tout ce qu’il a dit et enseigné, de son comportement vis à vis de son Père, de sa présence au milieu des hommes. La mémoire est en train de se former, à leur intérieur, en un témoignage que nous appelons maintenant l’Évangile. St Jean a placé cette prière à un moment précis, à la fin du repas de Jeudi Saint. En réalité‚, Elle est prononcée, vécue, entre ciel et terre, entre le temps et l’éternité : Jésus parle alors qu’il est encore de ce monde et en même temps comme s’il a été déjà dans le Père. Il nous fait participer à l’infini de sa tendresse d’enfant à ce lien unique, profond qui l’unit à son Père. Le nom de « Père » monte continuellement de son cœur au rythme de sa respiration. C’est maintenant l’Heure fixée par le Père à son Fils pour revenir vers lui, pour recommencer de vivre ensemble mais avec tous les nouveaux « enfants de Dieu » que le Christ ramène dans son sillage pour participer à la vie même de Dieu.
Dans un poème très fort, le Chant de la divine merci, Marie Noël exprime splendidement ce retour du Fils au Père, entraînant à sa suite tous les hommes qui osent lui faire confiance.
« (…) Tenez vos portes ouvertes,
Pour que je ramène ici
Ces pauvres âmes désertes
Et ces pauvres corps transis,
Préparez la grand-lumière,
Préparez le feu, la paix,
Pour que sitôt la dernière
Sueur versée, à jamais,
Tous ensemble, eux, moi, Vous, comme
Des frères au même lieu,
Ils se reposent d’être homme,
Et nous, Père, d’être Dieu ».
Tous ceux qui lui sont donnés par le Père,- cette fraction de l’humanité qui croit et fait confiance -, ont gardé sa Parole en croyant que c’est Dieu qui a envoyé Jésus. Mais Jésus semble ressentir leur fragilité, notre fragilité. Comme ils ont besoin de sa prière ! « Moi, je prie pour eux. Je ne prie pas pour le monde, mais pour ceux que tu m’as donnés, car ils sont tiens ». Il prie avec insistance pour ses disciples qui appartiennent tant au Père qu’au Fils, qui sont leur bien commun. Tout fragiles qu’ils soient, ils sont la gloire du Père et du Fils. « Et moi, je viens vers toi », conclut-il. Jésus parle comme si, sa Passion accomplie, il avait quitté le monde et rejoint son Père dans la gloire. Son « je viens vers toi » est déjà le cri du Ressuscité, le cri de bonheur du Fils rentrant à la maison après avoir si bien travaillé dans les champs du monde. Oui, laissons-nous introduire par Jésus, dans l’Esprit, en la vie trinitaire !